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Quoi ?

"En quoi l’altérité nous rend-elle poreux, curieux, en quoi nous ramène-t-elle si fort à nous-mêmes, nos piliers fondateurs comme nos vacillements et nos doutes ? " C’est autour de cette question, et prenant comme point de départ des témoignages recueillis à Cuba et en France que ce projet s’est construit peu à peu. La compagnie souhaite y explorer la relation de l’individu au monde qui l’entoure, sa capacité à répondre, à créer dans son quotidien des fenêtres pour respirer.

Sur le plateau, trois interprètes engagent un aller-retour entre le temps de la représentation et celui du témoignage, pour se laisser gagner peu à peu par la fiction. Ça parle d’attirance et d’appréhension, de méconnaissance et d’illusions, mais aussi de désir, d’appropriation, du besoin de l’autre, de ce qui se joue dans les corps, ce qui se perçoit dans un geste, une démarche, un regard, ce qui circule par-delà les langues.

Cette histoire qui s'invente, c’est celle d’une rencontre, de rencontres croisées, l’espoir immense mis dans « l’ailleurs », et l’occasion aussi de tester la limite de certains idéaux. Ici les mots et les corps dialoguent ensemble pour inventer un temps où chaque tentative d’exister serait bonne à prendre.

Création 2013-2014

Donc en résumé, je continue à rêver...

Elle et Lui se connaissent depuis longtemps. Ils se sont construits ensemble, ils se sont ressemblé, ils ont pris des chemins différents. Celui qui Danse vient de plus loin, il est parachuté sans explication dans le quotidien des deux autres. Il représente l’ailleurs dans cet univers familier, il est celui « qui n’a jamais vu la neige », obsédé par les images de ce qu’il ne connaît pas. 

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Cuba et la France sont deux pays unis par des liens forts dont la genèse est à chercher avant tout dans l’Histoire. Au début du XIXe siècle, lorsque la Révolution haïtienne et la rébellion des esclaves de la riche colonie française de Saint Domingue obligent des milliers de colons français à fuir et à abandonner leurs biens derrière eux, Cuba, de part sa position géographique voisine voit arriver sur son sol, en particulier dans la partie orientale de l’île, ces groupes de réfugiés qui s’installent d’abord à Baracoa avant de se déplacer vers la capitale de la région, Santiago de Cuba. Ainsi, entre 1800 et 1804, ce sont environ 30 000 Français qui vont s’implanter à Cuba, colonie espagnole, afin d’y recommencer leurs vies. Le retard de la région orientale par rapport à La Havane, la nécessité de bras pour développer l’agriculture, la soif de progrès économique du groupe rénovateur favorisent une acceptation et une intégration rapide des Français immigrés qui créent à Santiago le quartier fran- çais du Tivoli, dont l’empreinte architecturale, culturelle et linguistique s’avère d’une importance capitale dans la modernisation de la ville.


Fondée en 1819 par le Français Louis de Clouet et une cinquantaine de colons immigrés de Bordeaux et de Louisiane, Cienfuegos, ancienne cité marchande, est un exemple marquant de la présence française à Cuba, à tel point que l’Unesco qui l’a classée au patrimoine mondial la considère comme « le premier et l'un des plus remarquables exemples d'ensemble architectural traduisant les nouvelles notions de modernité, d'hygiène et d'ordre en matière d'urbanisme tel qu'il s'est développé en Amérique latine à partir du XIXe siècle ».


Ainsi, médecins, dentistes, négociants, propriétaires, charpentiers, boulangers, cuisiniers, armateurs, ébénistes, bourreliers, cordonniers, joailliers, chapeliers, coiffeurs, couturiers s’installent et diffusent leur savoir-faire sur l’île, amenant un raffinement qui va faire de la France le modèle à suivre et ce jusqu’au début du XXe siècle. Les annonces publicitaires publiées dans la presse de l’époque témoignent de l’influence française. On importe des marchandises de luxe qui viennent de Paris, Bordeaux et Marseille. On boit des vins français de Bordeaux : Château Laffite, D’Estournel, de Médoc, du Sauternes, du Cognac et du Champagne... on fait venir du jambon de Bayonne et autres mets locaux. Les paquebots en provenance de France transportent du mobilier, de la porcelaine, des bijoux ; les dames créoles ne jurent que par la mode française et s’habillent comme les parisiennes. L’influence linguistique est prégnante puisque les écriteaux des boutiques sont écrits en français ou se réfèrent à la France : on trouve ainsi la boutique La ville de Bordeaux, 31 rue du Coq à Santiago de Cuba, la boulangerie La joven francesa (la jeune française) à Cienfuegos, tenue par monsieur Taillacy, à Santa Clara la boutique de vêtements La Francia, la Farmacia francesa de monsieur Triolet à Matanzas. Monsieur Arnould, originaire de Bordeaux, fonde à Santiago une corporation de tailleurs français et y associent en 1839 les bordelais Pierre Thibault et Jean- Louis Glaude. Le rôle économique et culturel joué par les français à Cuba est donc considé- rable de par leur intégration à la société cubaine et de part leur contribution à la modernisation de l’île et en particulier de la partie orientale. Cuba, dont l’économie est à l’époque essentiellement basée sur la culture de la canne à sucre et du café, optimise la production de ce dernier grâce aux premiers manuels de culture du café, écrits par deux planteurs français, Jean Laborie et Alex Dumont, entre 1809 et 1820. D’ailleurs, dans la cordillère de la Sierra Maestra, on a recensé plus de 90 vestiges d’anciennes plantations de café, dont la Fraternité ou La Isabelica, classés aujourd’hui au patrimoine mondial de l’Unesco, ainsi que 200 kilomètres de «chemins de colline» dans les zones escarpées de la Sierra. L’histoire de la production et de l’exploitation du cuivre est également marquée par l’action de Français tels que Prudent Casamayor et l’ingénieur Jules Sagebien, ce dernier ayant réalisé le premier chemin de fer destiné au transport du cuivre.


Louis François Delmes, graveur et cartographe français du milieu du XIX e siècle a également apporté sa contribution à une meilleure connaissance de l’île en produisant des cartes et des gravures précieuses, tout comme nombre d’artistes costumbristas tels que Frédéric Mialhe dont les lithographies réunies dans son oeuvre majeure Viage pintoresco alrededor de la Isla de Cuba, publié entre 1839 et 1842, en fait l’observateur le plus fidèle et le plus pointu des us et coutumes de la société coloniale, ayant su capter l’essence même de « la perle des Antilles ». Voyageurs, scientifiques, intellectuels, artistes, tous sont fascinés par cette île, par l’atmosphère et les couleurs si particulières qui s’en dégagent, au point parfois d’omettre un autre aspect de la réalité coloniale: l’esclavage.


Par ailleurs, José Marti, le héros national de Cuba, sûrement l’un des plus grands penseurs de la fin du XIXe siècle, connait très bien la culture française ; il a notamment traduit en espagnol « Mes fils » de Victor Hugo, écrivain qu’il admire tant pour son talent que pour son soutien à la révolution anti coloniale à Cuba. La France rend souvent hommage à José Marti, comme le montre notamment la statue le représentant à Montpellier sur la place du même nom, réalisée par le sculpteur cubain Alberto Lescay. En 1802, naît à Santiago de Cuba José María Heredia, le plus grand poète patriote de Cuba au XIXe siècle, cousin du poète parnassien français José María de Heredia, né également à Santiago de Cuba. Ils sont également le symbole fort des liens culturels entre la France et Cuba. Tout comme le personnage historique Emilio Bacardi Moreau, fils de la Française Lucie Moreau et de Facundo Bacardi, actif indépendantiste et premier Maire de Santiago en 1898, qui a laissé à Cuba une œuvre socioculturelle considerable. Nous l’avons vu, l’histoire des relations entre Cuba et la France est enracinée dans le XIXe siècle et a été le fruit de relations humaines de coopération, d’entraide, d’admiration réciproque et d’un fort syncrétisme culturel. Ces liens tissés perdurent et ont pris d’autres formes, ont trouvé d’autres alternatives adpatées à l’évolution de nos sociétés respectives.

L’Alliance française de La Havane ainsi que celle de Santiago sont des lieux d’intenses activités culturelles, qui permettent à des milliers de Cubains d’apprendre le français, et qui organisent des expositions, des festivals, des spectacles, lieux de rencontres et d’échanges autour de nos deux cultures. Les festivals du film français qui ont lieu chaque année dans ces deux villes cubaines connaissent depuis des années un grand succès. Par ailleurs, la Maison Victor Hugo, centre de promotion de la culture française au cœur de la Vieille Havane, fondée par l’Historien de la Ville Eusebio Leal et les autorités françaises afin d’œuvrer au rapprochement de la France et de Cuba montre le désir politique de nos dirigeants de préserver un patrimoine commun.


En outre, s’il est une ville qui a toujours eu avec Cuba des relations privilégiées, il s’agit de Bordeaux. Les grands ports commerciaux qu’ont été Bordeaux et La Havane ont généré la circulation de biens et de personnes de façon intense au XVIIIe et au XIX e siècles. Depuis plusieurs décennies, à Bordeaux, fleuron de l’hispanisme, les Sciences Humaines s’intéressent à la présence française à Cuba et à l’histoire de Cuba. L’université Michel de Montaigne BordeauxIII a une convention de cooperation universitaire avec l’université d’Oriente de Santiago de Cuba depuis trente deux ans déjà, ce qui fait de cet accord le plus ancien de Bordeaux. Ce sont des dizaines de missions d’enseignants chercheurs qui ont été réalisées des deux côtés, des dizaines de publications collectives et de nombreux colloques. Chaque année, depuis dix-huit ans, un groupe d’étudiants de BordeauxIII participe à l’université d’été de Santiago de Cuba durant laquelle ils assistent à un cycle de conférences données par des spécialistes cubains sur des thèmes tels que l’histoire, l’économie, la culture, les relations avec les Etats-Unis, entre autres. L’université de BordeauxIV a également signé une convention avec l’université d’Oriente de Santiago de Cuba grace à laquelle des étudiants de dernière année de Techniques de commercialisation effectuent leur stage en entreprise à Cuba. En outre, l’année dernière, ce sont trois doctorats franco-cubains en cotutelle, les premiers de l’histoire, qui ont été soutenus à Santiago par de jeunes chercheuses cubaines et qui traitaient tous de la présence française sur l’île.


Comme nous pouvons le constater, Cuba et la France, en particulier Cuba et Bordeaux, partagent une histoire commune et ont tissé des liens forts qu’il est nécessaire de connaître de de conserver. Je souhaite oeuvrer dans ce sens, mettre en exergue nos deux cultures par le biais du théâtre et de regards croisés sur nos deux pays, nos deux peuples, nos deux révolutions, nos deux identités dans ce qu’elles ont de plus complexes et de plus similaires.


Par ailleurs, ce projet a sa place dans la nouvelle dynamique de cooperation entre Cuba et la France, puisque les accords de coopération bilatérale ont repris récemment. Le 6 juin dernier, Pierre Sellal, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et européennes, a reçu le vice-ministre cubain des Relations extérieures, Dagoberto Rodriguez Barrera, qui effectue une tournée en Europe. Celui-ci était accompagné du directeur adjoint Europe du ministère cubain et de l’ambassadeur de Cuba à Paris. Cette visite intervenait en effet après la reprise de la coopération bilatérale, le 30 novembre dernier, dans le contexte des évolutions en cours à Cuba, que la France suit avec attention. Sur le plan de la coopération, ils ont salué l’intensification des échanges culturels et scientifiques.



 

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